Chapitre 1 · Notion 1 · COMPTA-1.1

Les 3 états financiers

À la fin de cette leçon, tu sauras construire un compte de résultat à partir d'hypothèses simples et situer le rôle du bilan et du tableau de flux de trésorerie.

20 min de lecture

Le compte de résultat : la performance sur une période

Toute valorisation, tout modèle et toute due diligence partent des comptes de la société. En M&A, l'analyste passe ses journées à lire, retraiter et projeter trois documents : le compte de résultat, le bilan et le tableau de flux de trésorerie. On les appelle les états financiers. En entretien, le recruteur vérifie d'abord que tu sais les lire et passer de l'un à l'autre : sans cette base, aucune question technique plus avancée ne tient. Cette leçon présente chacun des trois ; la leçon 2 montrera comment ils s'enchaînent.

Le compte de résultat (P&L, profit and loss) mesure la performance économique d'une entreprise sur une période donnée — un an, un semestre. Sa structure, en cascade, est le point de départ de presque tout calcul financier en entretien.

L'idée de la cascade est simple. On part de ce que l'entreprise a vendu, puis on retire les coûts un par un, du plus opérationnel au plus financier. À chaque étape, on obtient un sous-total qui répond à une question différente. Le tableau suivant présente ces lignes dans l'ordre.

LigneDescription
Chiffre d'affaires (CA)Revenus issus de l'activité principale
− Coût des ventes (COGS)Coûts directement liés à la production
= Marge bruteCA − COGS
− Charges d'exploitation (OpEx)Frais commerciaux, généraux et administratifs, R&D, loyers
= EBITDARésultat avant intérêts, impôts, dotations aux amortissements
− Dotations aux amortissements (D&A)Étalement du coût des immobilisations sur leur durée d'utilisation
= EBIT (résultat d'exploitation)Résultat avant intérêts et impôts
− Charges financières nettesIntérêts sur la dette, moins les produits financiers
= EBT (résultat avant impôt)
− Impôt sur les sociétésTaux normal en France : 25 %
= Résultat netBénéfice ou perte de l'exercice

Comment lire la cascade

Chaque sous-total a un sens précis :

  • La marge brute mesure ce qui reste du chiffre d'affaires après les coûts directs de production (le COGS, cost of goods sold : matières premières, main-d'œuvre de production). Elle dit si le produit lui-même est rentable.
  • L'EBITDA (earnings before interest, taxes, depreciation and amortization) retire ensuite les charges de fonctionnement courantes, les OpEx (operating expenses : salaires des fonctions support, marketing, loyers…). C'est le résultat de l'activité courante, avant tout effet des investissements passés, du financement et de l'impôt. C'est pourquoi c'est l'indicateur le plus utilisé pour comparer des entreprises et les valoriser.
  • L'EBIT retire les dotations aux amortissements (D&A, depreciation and amortization). Une immobilisation est un bien durable, comme une machine ou un logiciel. Plutôt que de passer son coût en charge d'un coup, on l'étale sur sa durée d'utilisation : c'est l'amortissement. Point essentiel : cette charge ne correspond à aucune sortie de cash pendant l'année, puisque le bien a déjà été payé.
  • L'EBT retire le coût du financement : les intérêts payés sur la dette, diminués des produits financiers (par exemple les intérêts perçus sur la trésorerie placée).
  • Le résultat net retire enfin l'impôt sur les sociétés (IS), calculé sur l'EBT.

Chaque étape isole donc une source de coût : la production, le fonctionnement, l'usure des actifs, la dette, puis l'État. Un exemple chiffré permet de dérouler la cascade.

Exemple chiffré

Construire un compte de résultat à partir d'hypothèses

Une société réalise 80 M€ de chiffre d'affaires, avec une marge brute de 45 %. Ses charges d'exploitation sont de 20 M€, ses dotations aux amortissements de 4 M€. Elle porte 30 M€ de dette à 5 %.

  • Marge brute = 80 × 45 % = 36 M€ ; COGS = 80 − 36 = 44 M€
  • EBITDA = 36 − 20 = 16 M€
  • EBIT = 16 − 4 = 12 M€
  • Charges financières = 30 × 5 % = 1,5 M€
  • EBT = 12 − 1,5 = 10,5 M€
  • Impôt (25 %) = 10,5 × 25 % = 2,625 M€
  • Résultat net = 10,5 − 2,625 = 7,875 M€

Le cheminement, étape par étape :

  1. La marge brute est donnée en pourcentage du CA : 45 % de 80 M€ font 36 M€. Le COGS est ce qui manque pour revenir au CA : 80 − 36 = 44 M€.
  2. On retire les charges d'exploitation (20 M€) de la marge brute pour obtenir l'EBITDA.
  3. On retire les amortissements (4 M€) pour obtenir l'EBIT.
  4. Les intérêts se calculent sur le montant de la dette : 5 % de 30 M€ font 1,5 M€. On les retire de l'EBIT pour obtenir l'EBT.
  5. L'impôt se calcule ici sur l'EBT, pas sur l'EBIT : il est donc calculé après les intérêts. 25 % de 10,5 M€ font 2,625 M€.
  6. Le résultat net est l'EBT moins l'impôt.

Retiens l'ordre des calculs : chaque ligne s'appuie sur la précédente. Une erreur en haut de la cascade se propage jusqu'au résultat net. L'exercice suivant modifie une seule hypothèse pour te faire voir cet effet en chaîne.

Le bilan : la situation patrimoniale

Le compte de résultat raconte ce qui s'est passé pendant l'année. Mais il ne dit pas ce que l'entreprise possède ni ce qu'elle doit à la fin de cette année. C'est le rôle du deuxième état.

Le bilan (balance sheet) est une photographie de la situation patrimoniale à une date donnée, où l'actif est toujours égal au passif.

L'actif liste ce que l'entreprise possède ou contrôle : ses ressources. Le passif liste comment ces ressources ont été financées : par les actionnaires (les capitaux propres) ou par des tiers (les dettes). Le tableau présente les principaux postes de chaque côté.

ActifPassif
Immobilisations nettes (corporelles, incorporelles, goodwill)Capitaux propres (capital + réserves + résultat)
StocksDettes financières long terme
Créances clientsDettes financières court terme
Trésorerie et équivalentsFournisseurs
Autres actifs courantsAutres passifs courants

Quelques postes à bien comprendre :

  • Les immobilisations nettes sont les biens durables, après déduction des amortissements déjà passés. Elles sont corporelles (machines, bâtiments), incorporelles (brevets, logiciels) ou correspondent au goodwill : l'écart entre le prix payé pour racheter une société et la valeur de ses actifs nets, constaté lors d'une acquisition.
  • Les stocks sont les marchandises et matières en attente de vente ou d'utilisation.
  • Les créances clients sont les ventes déjà facturées mais pas encore encaissées.
  • Les capitaux propres sont l'argent apporté par les actionnaires (le capital), plus les bénéfices passés conservés dans l'entreprise (les réserves) et le résultat de l'année.
  • Les fournisseurs sont les achats reçus mais pas encore payés : une dette d'exploitation, distincte des dettes financières contractées auprès des banques.
Attention

L'équation fondamentale du bilan — Actif total = Capitaux propres + Dettes totales — n'est jamais une coïncidence : chaque opération qui modifie un poste d'actif modifie nécessairement un poste de passif (ou un autre poste d'actif) du même montant. C'est ce principe qui permet de tracer l'impact d'une opération sur les trois états (leçon 2).

Prends un exemple en mots : l'entreprise emprunte de l'argent à une banque. Sa trésorerie augmente à l'actif, et sa dette financière augmente du même montant au passif. Si elle utilise ensuite ce cash pour acheter une machine, la trésorerie baisse et les immobilisations montent d'autant : deux postes d'actif bougent en sens inverse. Dans tous les cas, l'égalité reste vraie.

Le tableau de flux de trésorerie : le cash réel

Ni le compte de résultat ni le bilan ne disent directement combien de cash l'entreprise a généré. Le résultat net contient des charges qui ne sont pas des sorties d'argent (les amortissements), et des ventes pas encore encaissées. Or c'est le cash qui paie les salaires, rembourse la dette et rémunère les actionnaires. D'où le troisième état.

Le tableau de flux de trésorerie retrace les entrées et sorties de cash sur la période, en trois sections :

SectionContenu
CFO — Flux opérationnelsRésultat net + amortissements − variation du BFR (chapitre 3)
CFI — Flux d'investissementCapex, acquisitions, cessions d'actifs
CFF — Flux de financementLevée ou remboursement de dette, émission ou rachat d'actions, dividendes

Chaque section répond à une question :

  • Le CFO (cash flow from operations) : combien de cash l'activité courante a-t-elle produit ? On part du résultat net et on corrige ce qui n'est pas du cash. On rajoute les amortissements, car ils ont réduit le résultat sans faire sortir d'argent. On retire la hausse du BFR (besoin en fonds de roulement : le cash bloqué dans les stocks et les créances clients, net des dettes fournisseurs), car une vente non encaissée a augmenté le résultat sans faire entrer d'argent.
  • Le CFI (cash flow from investing) : combien a-t-on investi ou désinvesti ? On y trouve le capex (capital expenditure : les dépenses d'investissement en immobilisations), les rachats de sociétés et les ventes d'actifs.
  • Le CFF (cash flow from financing) : quels flux avec les financeurs ? On y trouve les emprunts et remboursements de dette, les émissions ou rachats d'actions, et les dividendes, la part du bénéfice reversée aux actionnaires.

La somme des trois donne la variation de la trésorerie entre le début et la fin de la période :

Variation de trésorerie = CFO + CFI + CFF

Cette égalité montre pourquoi une entreprise rentable peut voir sa trésorerie baisser. Imaginons une société qui dégage un bon CFO, mais investit lourdement (CFI très négatif) et rembourse une partie de sa dette (CFF négatif) : sa trésorerie peut baisser malgré un résultat positif.

Erreurs fréquentes en entretien

Ces trois erreurs ont une cause commune : confondre ce qui mesure une performance, ce qui mesure un patrimoine et ce qui mesure du cash.

  • Confondre EBITDA et cash généré : l'EBITDA ignore la variation du BFR et les impôts payés, deux éléments qui peuvent faire chuter le cash réellement disponible.
  • Oublier que le dividende n'apparaît jamais au compte de résultat : c'est une affectation du résultat déjà constaté, visible seulement au bilan (capitaux propres) et au CFF.
  • Présenter le bilan comme une mesure de performance : c'est une photographie patrimoniale à une date donnée, pas une mesure sur une période comme le P&L ou le flux de trésorerie.
À retenir
  • Le compte de résultat mesure la performance sur une période, en cascade du chiffre d'affaires au résultat net, via l'EBITDA et l'EBIT.
  • Le bilan est une photographie patrimoniale où l'actif égale toujours le passif.
  • Le tableau de flux de trésorerie révèle le cash réel, en trois sections (opérationnel, investissement, financement) — c'est lui qui explique l'écart entre résultat net et trésorerie.

Entraîne-toi

À propos de « Le compte de résultat : la performance sur une période »

Même société, mais la dette est de 40 M€ au lieu de 30 M€ (toujours à 5 %), toutes choses égales par ailleurs. Quel est le résultat net, en M€ (une décimale) ?

M€

À propos de « Le tableau de flux de trésorerie : le cash réel »

Vérifie ta compréhension1 question · sans note
Une entreprise affiche un résultat net positif de 5 M€, mais sa trésorerie a baissé de 3 M€ sur l'exercice. Lequel des trois états financiers explique le mieux cet écart ?
Ces questions ne comptent pas dans ta note.

En entretien

Question d'entretien

« Quelle est la différence entre l'EBITDA et le cash flow opérationnel ? »

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