Éléments assimilables à de la trésorerie
À la fin de cette leçon, tu sauras identifier les principales catégories de cash-like items et expliquer pourquoi toute trésorerie figurant au bilan n'a pas la même valeur économique pour l'acheteur.
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Les cash-like items : des actifs qui se comportent comme de la trésorerie
La leçon précédente a montré que certains engagements doivent être traités comme de la dette, même s'ils n'en portent pas le nom. Le même raisonnement fonctionne dans l'autre sens. Certains actifs valent du cash pour l'acheteur sans être classés en trésorerie. Les oublier, c'est faire payer au vendeur un prix trop bas. Un analyste TAS doit donc être aussi rigoureux sur ce côté-là que sur les dettes.
Symétriquement aux debt-like items (leçon 4.2), un cash-like item est un actif qui n'est pas classé en trésorerie au bilan, mais qui a la même valeur économique pour l'acheteur : il sera recouvré en cash, dans un horizon raisonnable, indépendamment de l'activité normale de l'entreprise.
En français, on parle d'élément assimilable à de la trésorerie. Rappelle-toi la formule de la dette nette : on retire la trésorerie de la dette brute. Un cash-like item vient donc, lui aussi, en déduction de la dette. Plus il y en a, plus la dette nette baisse et plus le prix des actions augmente.
Les principales catégories
Le tableau qui suit présente trois catégories fréquentes, avec un exemple et la raison de leur retraitement.
| Catégorie | Exemple | Pourquoi c'est assimilable à de la trésorerie |
|---|---|---|
| Crédit d'impôt recherche (CIR) à recevoir | Créance sur l'État, au titre de dépenses de R&D engagées | Remboursement (ou économie d'IS) futur quasi certain, indépendant de l'exploitation courante |
| Dépôt de garantie remboursable | Caution versée à un bailleur, récupérable en fin de bail | Actif recouvrable, mais seulement à la sortie des locaux : retenu quand cette restitution est proche, à discuter sinon |
| Excédent d'actifs de couverture d'un engagement de retraite | Situation où les actifs dédiés dépassent l'engagement à couvrir | Valeur économique positive pour l'acheteur |
Voici le mécanisme derrière chaque ligne.
- Crédit d'impôt recherche (CIR) à recevoir. Le CIR est un avantage fiscal lié aux dépenses de recherche et développement (R&D). Ici, la société a déjà engagé ces dépenses et l'État lui doit le montant correspondant. Le CIR s'impute d'abord sur l'impôt sur les sociétés de l'année ; l'excédent devient une créance sur l'État, remboursée sans attendre aux PME au sens européen (et à quelques autres catégories, comme les jeunes entreprises innovantes), et sinon imputable sur l'IS des trois années suivantes puis remboursée au terme de ce délai (article 199 ter B du CGI). Cet argent rentrera, en cash ou en impôt économisé, sans qu'elle ait à vendre quoi que ce soit : c'est presque du cash en attente. Plus l'encaissement est lointain, plus sa valeur se discute.
- Dépôt de garantie remboursable. C'est la caution versée au propriétaire des locaux (le bailleur). Elle reste bloquée pendant tout le bail et ne revient à la société qu'à la fin, quand elle quitte les locaux. Tant que l'activité a besoin de ces locaux, l'acheteur ne peut pas en disposer : on ne la retient comme cash-like item que si sa restitution est proche (fin de bail, déménagement prévu) ; sinon, son traitement se négocie.
- Excédent d'actifs de couverture d'un engagement de retraite. Certaines sociétés mettent de côté des actifs pour payer de futures retraites à leurs salariés. Si ces actifs dépassent ce qui est dû, l'excédent a une valeur positive pour l'acheteur.
Le critère est le miroir de celui des debt-like items. Un actif est assimilable à de la trésorerie quand il se transformera en cash pour l'acheteur, dans un délai raisonnable, sans dépendre de l'activité normale. Une créance client, par exemple, ne compte pas ici : elle fait partie du cycle d'exploitation, donc du BFR vu au chapitre précédent.
Toute trésorerie ne se vaut pas
Le raisonnement a aussi un revers. Un actif peut être classé en trésorerie sans que l'acheteur puisse vraiment en disposer.
À l'inverse, toute trésorerie figurant au bilan n'a pas la même valeur pour l'acheteur : une trésorerie affectée à un usage spécifique — un séquestre lié à un litige en cours, une garantie bancaire adossée à un contrat — n'est pas librement disponible et doit souvent être exclue du calcul, ou à tout le moins signalée distinctement dans le rapport FDD.
Un séquestre est une somme bloquée chez un tiers en attendant l'issue d'un événement, par exemple la fin d'un procès. Tant que le litige dure, la société ne peut ni dépenser cet argent ni l'utiliser pour rembourser sa dette. Si l'on déduisait ce cash comme s'il était libre, on réduirait la dette nette à tort et l'acheteur paierait trop cher. D'où la règle : on distingue la trésorerie librement disponible de la trésorerie affectée.
L'exemple qui suit montre comment un cash-like item est repéré puis traité dans le calcul.
Identifier un cash-like item
Une mission de FDD identifie une créance de crédit d'impôt recherche (CIR) de 600 k€, non classée en trésorerie dans les comptes de la cible. La cible étant une PME au sens européen, cette créance lui sera remboursée par l'administration fiscale dans les prochains mois.
Ce montant est ajouté aux cash-like items, et viendra en déduction de la dette nette économique (leçon 4.4).
Le cheminement est le suivant. On constate d'abord que la créance n'est pas en trésorerie dans les comptes : la dette nette financière ne la voit donc pas. On vérifie ensuite qu'elle remplit le critère : elle est certaine, elle sera encaissée dans les prochains mois et elle ne dépend pas de l'activité. On l'ajoute enfin aux cash-like items. Toutes choses égales par ailleurs, la dette nette économique baisse de 600 k€, et le prix des actions augmente d'autant.
Erreurs fréquentes en entretien
Ces erreurs ont un point commun : regarder le classement comptable au lieu de se demander si l'acheteur pourra vraiment disposer du cash.
- Considérer toute trésorerie figurant au bilan comme automatiquement disponible pour l'acheteur, sans vérifier si elle est affectée à un usage spécifique. Un séquestre ou une garantie bancaire bloque le cash : il ne vaut pas un euro libre.
- Oublier des créances certaines mais non classées en trésorerie, comme un crédit d'impôt recherche, qui ont pourtant la même valeur économique pour l'acheteur. C'est une erreur qui coûte au vendeur, car la dette nette retenue est alors trop élevée.
- Traiter les cash-like items de façon moins rigoureuse que les debt-like items, alors que la même exigence de preuve et de documentation s'applique aux deux catégories. Chaque ajustement, dans un sens ou dans l'autre, sera discuté entre acheteur et vendeur : il doit être justifié.
- Un cash-like item est un actif non classé en trésorerie au bilan, mais qui sera recouvré en cash dans un horizon raisonnable, indépendamment de l'exploitation courante.
- Les catégories les plus fréquentes incluent le crédit d'impôt recherche à recevoir, les dépôts de garantie dont la restitution est proche, et les excédents d'actifs de couverture de certains engagements.
- Toute trésorerie au bilan n'a pas la même valeur économique : une trésorerie affectée à un usage spécifique doit être distinguée de la trésorerie librement disponible.
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